Edito Eco n°28-2011 – L’été de l’euro sera chaud

D’ordinaire, avant les vacances, les médias, relayant les prises de positions matamoresques des syndicats, donnent rendez-vous à leurs lecteurs pour une rentrée automnale qui sera inéluctablement “chaude”. Cette année sur ce front-là, les choses s’avèrent plutôt calmes, ce qui ne veut d’ailleurs pas dire, qu’in fine, elles le seront. En fait, le rendez-vous de l’actualité se montre beaucoup plus précoce et préoccupant, mais pas sur le front habituel : ce sont l’euro et les dettes souveraines qui sont sur la sellette.

Quand on sait que ces agences n’avaient ni bronché, ni vu venir la crise des subprimes, on ne peut que trouver surréaliste qu’on leur fasse encore… crédit !

La technicité du sujet et les regards de l’opinion publique, déjà entièrement focalisés vers les plages n’y changent rien : malgré toutes les interdictions et les mesures de prévention, les acteurs financiers mondiaux en général, et européens en particulier, jouent avec les allumettes dans les sous-bois desséchés au risque d’embraser la planète entière.

On constate, en effet, une reprise d’incendie en Grèce, alors que le feu couve encore en Irlande et en Espagne, alors que de mauvais vents spéculatifs suscitent des départs de flammes au Portugal et même en Italie. Des Canadairs chargés d’effets à retardement ont bien largué leur réservoir çà et là mais, sans stratégie et sans coordination, ni durée, les foyers repartent de plus belle. Malgré l’insouciance estivale de rigueur, l’heure est grave car s’il advenait que les divers fronts de feu se rejoignent et se conjuguent, alors, de proche en proche et très rapidement, les cendres pourraient recouvrir l’ensemble de l’économie mondiale beaucoup plus sûrement et profondément que les vulgaires subprimes américaines.

Nous n’en sommes certes pas là et gageons que l’ampleur même du risque potentiel lève les obstacles à l’accès au réservoir d’eau salvateur et que la pression dans les tuyaux soit telle que les obstructions giclent enfin.

Pourtant, les bouchons sont bien là depuis longtemps, structurels ou conjoncturels, en tout cas connus et répertoriés. Dans les structurels : quand une dette souveraine commence à poser problème et quelle qu’en soit la cause, les remèdes mis en œuvre ne font qu’accroître les conséquences du mal. En somme, le remède accélère la maladie. Lorsqu’une entreprise connaît des difficultés financières, dans tous les pays, il existe des procédures de sauvegarde et d’assistance qui font que la dette est gelée, les charges allégées, les procédures accélérées pour que l’entreprise puisse repartir au plus vite, se développer et faire face à ses engagements, y compris ses dettes antérieures. En matière d’État en difficulté, c’est l’inverse qui se produit, la dégradation de la cotation par les agences de notation a pour effet immédiat de majorer considérablement ses taux d’emprunt et d’aggraver massivement sa dette, tout en asphyxiant son économie et, par voie de conséquence, ses rentrées fiscales. En clair, le pays s’enfonce et la situation sociale et politique devient intenable. C’est le cas de la Grèce, et la menace plane sur les autres pays du Club Med, même la France n’est pas hors de portée d’un tel scénario.

Autre élément structurel : précisément les agences de notation, toutes anglo-saxonnes, dont chaque battement de cils est scruté et analysé dans les salles de marché du monde entier. Quand on sait que ces agences qui n’ont de comptes à rendre qu’à leurs clients (lesquels ?), peuvent mettre un pays à genoux, ruiner une monnaie ou enrichir un fonds spéculatif, n’avaient ni bronché, ni vu venir la crise des subprimes qui a provoqué la plus grosse secousse économique mondiale depuis 1929, on ne peut que trouver surréaliste qu’on leur fasse encore… crédit !

Côté éléments conjoncturels, on trouve toujours l’incapacité chronique de l’Europe à parler d’une seule voix. Pire encore, il n’est guère de jour qui ne voit pas tel ou tel ministre des Finances contredire le collègue d’un pays voisin, quand ce n’est pas un chef de gouvernement qui attaque à boulets rouges un autre pays membre, pire encore si cela est possible, la chancelière Merkel, dont l’aval s’avère incontournable pour toutes décisions, n’arrête pas d’hésiter, de se contredire, de revenir sur ses déclarations de la veille, donnant le tournis à ses partenaires et désorientant les marchés qui n’en demandent pas tant.

Ajoutons encore une BCE – présidée par un Jean-Claude Trichet en fin de mandat, qui, certes, parle clair et fort – mais dont les couloirs bruissent de rumeurs et de luttes d’influence.

Bref, nulle part on ne trouve la sérénité et la solidarité qu’il conviendrait d’avoir face à des intérêts énormes, tant à l’intérieur de nos limites européennes pour l’avenir de peuples entiers, qu’à l’extérieur contre les coups de boutoir de “ fonds” rapaces qui s’insinuent dans toutes les failles permettant de profiter de la situation.

La rentrée sera peut-être chaude, mais l’été à cet égard paraît déjà caniculaire. Raison de plus pour garder son sang-froid ! Et la tête aussi…

Alain Veyret

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