Edito Eco n°29-2011 – En vacances, le bruit des vagues

Passé le défilé du 14 juillet, au demeurant allégé cette année pour cause d’économie et de mobilisations extérieures importantes, la France s’assoupit lentement, mais sûrement. Dans quelques jours, elle ronflera consciencieusement et assidûment sur les plages et les bords de lacs, si toutefois le ciel veut bien nous gratifier de quelques degrés supplémentaires.

Dans peu de temps, on nous parlera d’une taxe inondations et d’indemnités agricoles pour un été pourri !”

Et, à ce propos, s’il fallait un symbole à la vanité de la propension médiatique à systématiquement nous distiller du catastrophisme en toute occasion, on le trouverait dans les commentaires largement étalés sur les ondes, les écrans ou les manchettes, qui nous faisaient entrevoir une sécheresse sahélienne et un été caniculaire. Haro sur les piscines, les centrales électriques, les potagers… On nous bassinait avec l’hypothèse d’un impôt sécheresse, histoire de préparer le terrain d’une bonne tempête polémique dans… un verre d’eau et de ressortir les affres dramatiques d’un mois d’août 2003, des lacunes des services d’urgence d’alors et de la nécessité de prévoir une remobilisation prochaine.

Quelques semaines plus tard, après ce déluge de prédictions, on en est, en plein mois de juillet, à ressortir les cols roulés, à ranger les lunettes noires et les crèmes à bronzer, et à rallumer le feu dans la cheminée. Les vacanciers ont épuisé les recettes locales pour passer le temps et occuper les enfants sous la pluie. La neige n’est pas loin du Tour de France et gageons que, dans peu de temps, on nous parlera d’une taxe inondations et d’indemnités agricoles pour un été pourri !

Ce préambule météo médiatique étant fait, passons en revue, comme à chaque période de vacances estivales, les faits saillants de la semaine qui auraient pu échapper à notre attention devenue vagabonde.

• Autre symbole offert par l’actualité : celui de l’innovation et de sa rentabilité exemplaire. Et c’est du côté de la Californie qu’il faut le chercher, chez la firme à la pomme. En quatre ans, Apple a quintuplé son chiffre d’affaires et dépassera sur cet exercice les 100 milliards de dollars, dont les trois quarts seront réalisés avec des produits, l’iphone et l’ipad, qui n’existaient pas il y a quatre ans en arrière.

• Un peu sur le même registre, chacun se souvient du ciel sombre qui planait au-dessus d’Airbus, tant à Hambourg qu’à Toulouse, il n’y a pas si longtemps et des plans drastiques qui s’ensuivirent. Or, au sortir de la crise et d’un récent salon du Bourget flamboyant pour les couleurs de l’avionneur européen, Airbus vole… de record en record, et enregistre la commande du siècle… tous les mois. Après les A 380 et A 350 d’Emirates de juin dernier, après les 220 appareils d’Air Asia au Bourget, c’est d’American Airlines, le dernier bastion 100 % Boeing des USA, qu’est tombée la commande historique : 260 appareils fermes et 365 options à livrer entre 2013 et 2022. Ce qui fait avec les commandes antérieures plus de mille avions à fabriquer pour les seuls États-Unis dans les années à venir, plaçant Boeing dans une situation délicate. La seule commande d’American Airlines permettra à la compagnie de faire une économie de 35 % sur son poste carburant, c’est dire là aussi les progrès en matière d’innovation énergétique !

• Tempête médiatique outre-Manche et pour une fois la presse et plus spécialement le groupe de Rupert Murdoch et ses tabloïds racoleurs en font les frais à la place de ses cibles favorites. Le “faiseur de rois” opportuniste, tantôt derrière les Travaillistes – Tony Blair lui doit son règne –, tantôt derrière les Conservateurs – David Cameron s’en mord les doigts –, doit s’expliquer sur les méthodes plus que douteuses de ses titres : détectives véreux, écoutes illégales, achats d’informations à la police… Le déchaînement contre le magnat australien s’avère à la hauteur des craintes qu’il inspire partout où ses titres paraissent.

• À cette heure, la fumée blanche n’est pas encore sortie du conclave des chefs d’État réunis à Bruxelles au chevet de l’euro et des pays malades de leur dette souveraine avec le cas le plus grave, celui de la Grèce. Dans les chambres voisines, Portugal, Irlande, Espagne, et en consultation ambulatoire Italie et même Belgique, tous attendent de savoir si un remède peut être tenté sur la Grèce pour éviter la contagion. Seule consolation, la crise qui secoue l’euro et met en transe tous les pontes de la clinique Europe n’est pas la seule. Moins médiatisé de ce côté-ci de l’Atlantique, mais tout aussi grave, le dollar réclame aussi un remède de cheval sous peine de voir les agences de notation le dégrader, et là on n’est plus dans les échelles de grandeurs de la Grèce ! Républicains et Démocrates doivent obligatoirement s’entendre d’ici quelques jours pour éviter là aussi un défaut de paiement aussi dangereux qu’une cigarette allumée dans un dépôt de carburant.

• Lors d’une mini-tournée en Afrique noire, le Premier ministre, François Fillon, qualifie de “nouveau départ” l’action de la France après la crise ivoirienne, mais aussi au Gabon, en Afrique du Sud ou au Ghana, car la France «entend élargir son aide et sa participation au développement de l’Afrique au-delà de la seule Afrique francophone». Du pain sur la planche.

Alain Veyret

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