Edito Eco n°49 – Le Mont-Blanc n’est pas l’Everest

Non, un dossier de candidature aux Jeux Olympiques, fussent-ils que d’hiver, n’est pas un long fleuve tranquille. Pas plus quand il s’agit d’Annecy que pour un autre. À cet égard, nos concurrents de Munich et de Pyeongchang ne sont pas en reste, tant s’en faut. À chacun donc de régler ses problèmes et ceux d’Annecy ont défrayé la chronique ce week-end et effrayé les supporters, peu au fait des jeux… en coulisse.

Il ne suffit pas d’être beau, il faut aussi et surtout, savoir être bon au bon moment.

En effet, Guy Drut et Jean-Claude Killy, tous deux membres du CIO et soutiens actifs de la candidature savoyarde et Edgar Grospiron, “patron” de cette même candidature, ont quelque peu épanché leurs états d’âme dans la presse, quant aux faiblesses pécuniaires et humaines de la structure chargée de porter le dossier Annecy 2018 et quant à nos difficultés quasi-congénitales pour des Français à mettre en œuvre un travail de lobbying efficace.
Le tout dans le but évident de provoquer un électrochoc, à défaut d’une prise de conscience, «il est impératif de mettre des moyens à la hauteur de nos ambitions». Bien que l’enjeu soit olympique, l’essentiel en l’occurrence n’est pas de participer, mais bien de gagner et pour gagner, il ne suffit pas d’être beau, il faut aussi et surtout, savoir être bon au bon moment et cela réclame quelques moyens humains et financiers et une organisation sans faille.
Par la magie des titres provocateurs dont le journal L’Équipe devient coutumier, avec un sens aigu du marketing, la sonnette d’alarme de Guy Drut et Jean-Claude Killy est devenue une sonnerie aux morts de nos illusions perdues. C’est bien mal connaître les intéressés que de les croire capables de quitter le navire parce qu’il traverse une zone chahutée par la tempête ! Avec un peu de mémoire, on se souviendra que le héros des Jeux de Grenoble, coresponsable de ceux d’Albertville avec Michel Barnier, semble un adepte de ces coups de force ou de bluff (au choix). N’a-t-il pas déjà, par le passé, à deux reprises, utilisé la technique de la chaise vide pour débloquer une situation enlisée, lors de la préparation des jeux d’Albertville et plus récemment, lors de celle des Championnats du monde de Val d’Isère ? Bis repetita. En aucune manière, il ne s’agirait d’une désertion en rase campagne, bien au contraire, l’objectif reste, malgré les dégâts collatéraux évidents en terme de communication, de forcer le destin, de regrouper les forces et de galvaniser les énergies. À chaque fois, le coup a été payant.
Pour l’heure, il n’est un secret pour personne qu’Annecy a le plus petit (trop petit) des trois budgets dans la course à la candidature. Avec 16 millions d’euros au départ, c’est deux fois moins que Munich et la différence paraît encore plus criarde par rapport à la Corée, dont le coffre ne semble pas avoir de fond, ni beaucoup de transparence. Pas question pourtant d’avoir la prétention de se hisser à leur hauteur, Annecy 2018 n’a-t-elle pas assis un de ses atouts de candidature sur un budget raisonnable ? Et d’ailleurs, dans la première phase de qualification, le poids de Nice ou de Grenoble lui était bien supérieur et cela n’a pas empêché le dossier annécien de l’emporter en un seul tour.
Il n’empêche, les études pour le recalibrage du projet cet été ont largement amputé les ressources du prévisionnel initial, même rehaussé et financé par des partenariats privés à 18 millions d’euros. Un nouveau tour de table des parties prenantes s’impose donc pour «une rallonge raisonnable et justifiée», précise un Christian Monteil prudent, qui a convoqué son monde pour un week-end studieux et comptable.
«Il n’y a pas le feu au lac» comme titrait un autre confrère, mais la situation est sérieuse, d’autant que, comme toujours en pareilles circonstances, des cadavres bien agités sortent de tous les placards, sur leurs deux jambes et cognent fort, marquant avec virtuosité des buts contre leur camp, pour la plus grande joie des régressionnistes et sous les applaudissements des camps d’en face.
Il est vrai qu’il n’est pas très facile de faire travailler dans une même logique et surtout sur le même tempo, une ossature publique de fonctionnaires, des partenaires privés aux intérêts concurrentiels sinon contradictoires, et des sportifs réputés imprévisibles sinon incontrôlables. Sans compter les susceptibilités et les ego dont personne n’est avare à l’intérieur et à l’extérieur des cercles olympiques, et une opinion publique locale et nationale qui ne demande qu’à s’enflammer, mais qui reste sur sa faim !
Je sais bien que les tendances de la cuisine moderne sont de présenter les ingrédients bruts de cuisson, les uns à côté des autres, mais dans la bonne cuisine française, on a besoin d’une sauce recherchée pour lier le tout et faire un bon plat. S’il est clair qu’Annecy 2018 manque un peu de moyens, nul doute qu’elle les trouve, mais l’argent ne fera pas tout, il reste encore et aussi à faire prendre l’indispensable mayonnaise. On a les meilleurs ingrédients, ne butons pas sur la touche finale et une assiette trop petite.
Avec nos moyens, le Mont-Blanc n’est pas l’Everest, faisons ce que nous savons faire et offrir, et serrons les rangs. Que n’a-t-on pas entendu quelques mois avant les championnats de Val d’Isère ?

Alain Veyret

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