Edito Eco n°32 – Sur quel pied danser ?
Comme la météo, la conjoncture de cet été souffle le chaud et le froid et pas plus que les météorologues, les économistes ne s’avèrent sûrs de leur science. Bien au contraire, s’il advenait que les usagers crédules, mais ayant bonne mémoire, ressortent avec sadisme les prédictions péremptoires de ces dits spécialistes ou les études conjoncturelles dithyrambiques d’instituts aux titres ronflants, ceux-ci verraient leur crédibilité réduite à néant et leur profession se rapprocher de celle de diseurs de bonne aventure. Toutefois, l’économie n’étant pas encore une science exacte, il leur sera beaucoup pardonné. Et oublié.
Difficile, dans cette danse d’un pied sur l’autre, de cerner le vrai du faux,
le réel de la méthode Coué, le tangible de l’intox.
16 août). À quand le paiement de la redevance télévisuelle en alternative optionnelle ?
Alors, reprise ou pas reprise ? En juillet, les grandes marques automobiles redressent la tête, leurs comptes et leurs cours de Bourse. La production bondit au premier semestre de + 72 % en Amérique du Nord, de 43 % en Asie, de 23 % en Europe. Les marques françaises anticipent les remboursements des aides publiques à l’État et GM, hier donnée pour morte, envisage le retour en Bourse à Wall Street.
Las ! Quelques jours plus tard, la FED américaine refroidissait l’euphorie naissante : le rythme de croissance serait en fait plus faible qu’espéré. Les Bourses accusent le coup. Pékin met le pied sur le frein pour lutter contre la surchauffe et Londres mise tout sur la rigueur budgétaire. Dès lors, les conjoncturistes ressortent le scénario catastrophe pour le mettre sur le dessus de la pile des probabilités.
Quatre jours plus tard, nouveau contre-pied. La France, et surtout l’Allemagne, annoncent une progression du PIB au deuxième trimestre, meilleure qu’escomptée. Contre toute attente, la reprise viendrait-elle de cette Europe fatiguée et endettée, hier encore secouée par la dette souveraine des États du Club Med ? Comme pour étayer cette hypothèse, l’Apec (Association pour l’emploi des cadres) publie en France un bilan de l’emploi des cadres en forte progression, révélant non seulement une reprise d’activité, mais aussi un regain de confiance en l’avenir. De même, l’offensive des grandes OPA internationales démontre que les grands groupes sortent d’une stratégie défensive pour se remettre en position d’attaque.
Ainsi, le gouvernement tente salutairement de réduire ses dépenses plutôt que d’augmenter la fiscalité. Même dans la chasse aux économies à trouver dans une meilleure productivité de l’impôt, autrement dit, dans la réduction des niches fiscales, il privilégiera sans doute, en toute logique, celles qui coûtent cher à l’État tout en favorisant peu l’activité économique. Il faut donc s’attendre à un tour de vis sur les avantages fiscaux liés à l’épargne, ce qui, de surcroît, aurait l’avantage de relancer la consommation.
Reprise ou rechute ? Les constats contradictoires n’ont pas fini de nous hanter, même Moody’s, l’agence de notation, menace le triple AAA, non seulement de la France (comme annoncé par la journaliste du journal de France 2 perfidement ingénue), mais aussi de la Grande Bretagne, des USA et de l’Allemagne, autrement dit de tous, avec comme commentaires : «Les mesures de réduction de dette ont bien été perçues, mais la relance de la croissance n’est pas suffisante». Pas simple !
Un grand écart qui réclame de sacrés adducteurs !
Alain Veyret

