Edito n°22 – Les conseils du camarade migaud

À nouveau, d’inquiétants craquements se font entendre sur le front monétaire. Les Grecs plus inconséquents que jamais, cela dure depuis plus de 170 ans, se refusent à mettre leurs dépenses et leur train de vie en adéquation avec leurs moyens. Ils s’apprêteraient, en votant une deuxième fois, à refuser le plan européen et à faire un bras d’honneur à ceux qui assurent plus que leurs fins de mois.

sous des contacts officiels courtois, le courant ne passe plus et l’osmose réciproque s’étanchéifie.

Les Espagnols, ensuite, ont bien du mal à colmater les brèches ouvertes dans leur réseau bancaire par la bulle immobilière. Un bonheur ne venant jamais seul, c’est aussi tout le secteur des collectivités locales, en tête desquelles la fière Catalogne, pourtant réputée la plus riche, qui se trouve en panne de financements. Le Premier ministre espagnol entend résoudre seul ses problèmes, mais rien n’est moins sûr !

Bien que récurrent, le double souci grec et espagnol suffirait à expliquer les faiblesses de l’euro ; toutefois, c’est la France qui inquiète à son tour le monde économico-financier. Jusqu’à présent, le couple franco-allemand parvenait, cahin-caha, à endiguer les urgences, la rigueur allemande finissait par déteindre sur le “laxisme” français et le pragmatisme français finissait par assouplir le “dogmatisme” allemand. Aujourd’hui, sous des contacts officiels courtois, le courant ne passe plus et l’osmose réciproque s’étanchéifie, déclenchant une inquiétude générale, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la zone euro.

Hasard du calendrier, deux rapports d’origines différentes, mais aux conclusions homogènes, viennent en même temps d’éclairer et d’expliquer les craintes issues de cette “mésentente cordiale”. La Commission européenne vient de rendre publique la feuille de route de la France pour l’avenir et la Cour des Comptes publie son rapport sur l’exécution budgétaire de l’année 2011. Les constats et les inquiétudes des uns et des autres sont les mêmes.

Didier Migaud, Premier président de la Cour des comptes, pourtant socialiste, en certifiant les comptes de l’année 2011, salue «l’amorce d’une stratégie de consolidation», tout comme Bruxelles remarque que la politique du gouvernement précédent allait dans le bon sens, mais qu’il y avait encore un long chemin à parcourir pour atteindre, dans les délais, les objectifs promis. Non seulement il ne s’agit pas de mollir en route, mais Didier Migaud appelle à «une vigilance accrue» et Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques, intime fermement à l’adresse du gouvernement Ayrault que la «France doit impérativement réagir pour réaliser ses objectifs budgétaires de l’année prochaine».

Bien entendu, élections législatives obligent, Jean-Marc Ayrault se veut rassurant et confiant, se gardant bien d’annoncer des mesures qui pourraient fâcher tant l’électeur que le contribuable. Le premier fait l’objet de toutes les sollicitudes et des premières attentions, quitte à les prendre dans l’urgence par décret, y compris entre les deux tours ; quant au second, il sera bien temps, plus tard, de savoir à quelle sauce il sera mangé. C’est ce qui inquiète même un Didier Migaud, qui ne craint pas de “conseiller” à ses petits camarades «d’agir davantage sur les dépenses que sur les recettes, compte tenu de notre niveau élevé de prélèvements obligatoires».

Bruxelles, mais aussi les marchés et la plupart des conjoncturistes ne manquent pas de s’inquiéter de toutes les mesures prévues, qui inversent la tendance précédente de redressement des finances publiques : remise en cause de la retraite à 60 ans laborieusement mise en place, remise en cause de la TVA sociale allégeant le coût du travail, remise en cause du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, “coup de pouce” au Smic, revalorisation du point d’indice des fonctionnaires, toutes choses s’ajoutant à d’autres plus discrètes ou moins visibles, qui auront obligatoirement un impact sur les charges des entreprises et sur les impôts des contribuables. Toutes choses aussi qui incitent le Commissaire européen à menacer en termes à peine voilés : «les autorités françaises ont encore à préciser les mesures de correction du déficit avec une attention toute particulière sur l’évolution des dépenses dans les budgets sociaux et ceux des collectivités locales… J’attends de la France qu’elle présente des mesures rapides, solides, et concrètes afin de rassurer à la fois ses citoyens et les investisseurs». À défaut, il enfonce le clou «la Commission pourrait exiger des efforts supplémentaires». Engrenages et menaces déjà vus et entendus sous d’autres cieux plus méridionaux !

Encore un effort et la France adhérera bientôt au “Pays du Club Med”.

Alain Veyret

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