Edito n°28 – Compétitivité : Il est urgent d’attendre… un an !

Les lecteurs (trices) qui lisent aussi régulièrement qu’attentivement cette rubrique, savent ce que le terme de “compétitivité” signifie, tant de longue date dans ces colonnes, j’en ai exprimé l’impérieuse nécessité pour notre économie en général et notre industrie en particulier. Aussi, tous ensemble, nous ne pouvons que nous réjouir que le concept se banalise et fasse désormais partie du vocabulaire gouvernemental officiel.

À ce train-là, on n’est pas près de trouver notre Graal, ni de faire un carton à l’export.

Ainsi, avec la double estampille de l’Académie française et du parti socialiste, nous voilà donc heureusement armés pour saisir le sujet à bras-le-corps, en débattre sans tarder et, plus encore, en tirer en profondeur les conclusions qui s’imposent. Voilà enfin la perspective d’un grand moment d’unité nationale pour une grande cause qui ne l’est pas moins.

Pour ceux à qui le débat sémantique paraîtrait encore quelque peu théorique, rappelons un seul chiffre : alors que la balance commerciale de la France accuse aujourd’hui un déficit annuel de l’ordre de 75 milliards d’euros, l’Allemagne affiche un excédent d’environ 200 milliards d’euros ! Et ceci, bien sûr, avec la même monnaie et les mêmes contraintes internationales de toutes sortes. Rappelons aussi que plus de 60 % de nos échanges commerciaux se font en Europe et qu’il n’est évidemment pas question de chercher à s’aligner en la matière sur les standards asiatiques ou latino-américains. Coïncidence troublante, les courbes françaises et allemandes, hier parallèles, se sont infléchies en 2002 au lendemain des 35 heures, (bien “made in France” celles-là), puis à diverger après les réformes du chancelier Schröder avec notamment le lancement de la TVA sociale prolongée par Angela Merkel.

Certes, la comparaison avec notre voisin “exemplaire” finirait par être lassante de ce côté-ci du Rhin, mais ne devrait pas être vexatoire pour notre nouveau gouvernement, puisque c’est précisément un socialiste qui fut le grand architecte des réformes dont l’Allemagne tire en grande partie les bénéfices aujourd’hui.

Aussi, c’est largement à cette aune frontalière que l’on peut évaluer cinq grandes familles de critères permettant une compétitivité satisfaisante du “made in France”.
1) Le coût du travail, salaires et charges sociales afférentes
2) La créativité, l’innovation, la R&D
3) La fiscalité de l’entreprise, mais aussi des personnes physiques et des capitaux
4) Le contexte juridico-social
5) L’environnement européen.

La liste n’est bien sûr ni classée, ni exhaustive, mais l’essentiel des curseurs majeurs est là. Laissons de côté l’Europe qui, par définition, ne dépend pas que de nous et qui, pour l’instant, a bien d’autres chats à fouetter.
En ce qui concerne l’innovation et la recherche, nous sommes sur la bonne voie, le dispositif fiscal dit «crédit impôt-recherche» porte ses fruits et procure un réel avantage compétitif, au même titre que le coût avantageux de notre énergie grâce au nucléaire. Espérons qu’à l’instar des rebelles du Mali, détruisant les trésors culturels, “vestiges d’un passé insupportables”, la nouvelle majorité ne jette pas le bébé de nos avantages avec l’eau du bain sarkoziste, dans un contre-pied systématique du mandat précédent.

Quant aux signaux donnés en matière de fiscalité, le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’incitent guère les étrangers à venir en France et les entrepreneurs français à y rester. Sus aux “riches” reste le meilleur dénominateur consensuel des diverses tendances de gauche. Sauf que chacun sait, qu’à partir d’un certain seuil, largement atteint en l’occurrence, on raréfie la matière fiscale imposable au lieu de l’augmenter et, qu’au final, on obtient moins de recettes et moins d’investissements. Tout ça donc pour le fun, pour le symbole ! Mais un symbole sacrément masochiste !

Restent les deux principaux points noirs en la matière, le coût du travail et le carcan des relations sociales rigidifié dans un code plus épais que le bottin de la région parisienne et un labyrinthe de procédures et de jurisprudences à sens unique, où même Ariane, diplômée de droit, n’y retrouve son fil ! En prélude à la grand-messe sociale du début de la semaine, nous avons entendu un Président, enfin conscient du dépoussiérage nécessaire, nous parler de souplesse et de grandes avenues à percer dans le foutu labyrinthe en question. L’espoir renaissait. Même tardive, la prise de conscience est toujours profitable.

Las, deux jours plus tard, un Premier ministre, sans doute pas du même bord que le Président, nous dressait un constat affligeant, très lutte des classes, prévoyant de rajouter quelques chapitres à notre bottin, quelques couches de rigidité supplémentaires et quelques impasses de plus à notre dédale, exit encore la TVA sociale et l’allégement des cotisations familiales pour les entreprises. Quant aux remèdes censés être trouvés à notre compétitivité anémique, rendez-vous est pris pour un exercice similaire… dans un an ! À ce train-là, on n’est pas près de trouver notre Graal, ni de faire un carton à l’export. Mais dormons tranquille, sa recherche se poursuit avec, dans le rôle de Lancelot, un Louis Gallois, désormais libéré d’EADS, chargé de préparer officiellement un rapport sur la compétitivité française.

Au moins, le 42e sur le sujet. Dans le quantitatif administratif, nul doute que notre compétitivité demeure imbattable. Pour le reste…

Alain Veyret

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