Edito n°32/33 – Les chiffres à la Plage

Au cours de l’été, peu d’informations font recette sur les plages ou les sentiers. Tout juste à la terrasse des cafés ou devant les présentoirs des kiosques à journaux évoque-t-on les médailles olympiques de la veille. Partis fort dans les premiers jours de la grisaille londonienne, laissant espérer une moisson record, les sportifs français se sont retrouvés à la peine en seconde semaine et auront du mal à égaler le bilan de Pékin 2008 établi alors à 41 podiums.

Les sous-préfets aux champs sont plus utiles que beaucoup d’administrations centrales loin du terrain

Mais de ces chiffres-là, tout le monde en parle, allons donc dénicher ceux que le soleil estival laisse dans l’ombre et qui auront leur importance à la rentrée, infos et statistiques n’en sont pas moins nombreuses. Et puisque la position horizontale sied mieux au mois d’août, commençons par celles qui nous tombent du ciel. Étrange coïncidence en début de mois, en mettant sur orbite deux satellites de télécommunication, la fusée européenne Ariane V marquait les annales en réussissant son 50e lancement d’affilée sans accroc dans le ciel de Kourou en Guyane. Une telle constance banalise certes l’intérêt de l’information, mais surtout conforte un plan de charge de ces fusées pour plusieurs années. D’autant que dans le même temps, sa concurrente russe Proton M ne montre pas la même fiabilité à Baïkonour et perd les deux satellites qu’elle devait mettre en orbite.

Toujours plus loin, toujours plus haut, il ne s’agit pas d’olympisme, mais d’un record prometteur de la Nasa qui fait atterrir en douceur sur Mars son engin Curiosity. Ce bijou de laboratoire de 75 kg devrait permettre à l’Agence de l’espace américaine de répondre à la question existentielle : y a-t-il dans notre système solaire de la vie en dehors de notre planète bleue ?

Toujours dans le ciel et dans le registre des records, celui de la météo et de la sécheresse qui sévit dans plusieurs régions de l’hémisphère nord mettant à mal les productions de céréales aux États-Unis, en Ukraine, en Russie parmi les plus importants greniers à grains du monde. Résultat : les prix du soja, du maïs, du blé flambent faisant resurgir le spectre de la pénurie et des émeutes de la faim de 2008. La filière volaille n’avait pas besoin de cela. Élément aggravant, les stocks mondiaux n’avaient pas eu le temps de se reconstituer et la production d’éthanol comme additif et carburant détourne, rien qu’aux États-Unis, 40 % de la récolte du maïs.

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Comme les ateliers ou les bureaux, les préfectures se vident en été. Mais qu’ils soient en vacances ou de permanence, le sujet de l’été pour les personnels départementaux de l’État, outre les nominations de nouveaux préfets comme en Savoie et Haute-Savoie, ce dont ils ont l’habitude, sera sans conteste le pavé lancé dans la mare des sous-préfectures par Manuel Valls, le ministre de l’intérieur qui envisage par souci d’économie la suppression pure et simple des sous-préfectures de la carte administrative française. Les éclaboussures retombées et le pavé au fond de l’eau, calcul fait, l’économie potentielle ne serait que de l’ordre de… 300 petits millions d’euros, une goutte d’eau dans la gabegie budgétaire (à eux seuls, les radars routiers en rapportent le double !). Eu égard à ce faible rendement, une mesure aussi drastique et radicale ne paraît pas d’une nécessité absolue. Ceci étant, qu’on révise la carte, qu’on rationalise les emprises foncières et les bâtiments souvent disproportionnés serait sans doute pertinent sans pour autant désertifier nos territoires et déshumaniser un peu plus nos administrations. Surtout en période de crise, les sous-préfets aux champs sont plus utiles que beaucoup d’administrations centrales loin du terrain.

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S’il est des contributions aux finances publiques qui relèvent d’un racket officiel pour faire les poches des Français en général ou des automobilistes en particulier, tels les radars aussi piégeux, planqués et flasheux que des paparazzis aux basques des stars, il en est d’autres encore plus lucratifs pour l’État que les Français semblent apporter volontairement aux percepteurs dans la joie et la bonne humeur. Il en va ainsi des jeux d’argent qui ont renfloué les caisses de Bercy en 2011 de 4,7 milliards d’euros. Mais un chiffre au moins ne manque pas d’interpeller. Quand l’État renâcle devant la mise en place d’un risque “dépendance“ au budget supplémentaire insupportable aux yeux de certains, de l’ordre de 25 milliards, nos concitoyens risquaient de leur propre chef en jeux de hasard pas moins de 31,6 milliards de mises en 2011 !
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Dernière statistique de la semaine et pas la moindre, ni la meilleure d’ailleurs, celle de la balance commerciale française qui affiche un déficit mensuel en juin de 6 milliards d’euros, là où notre voisin allemand aligne un excédent de 17,9 milliards ! Notre ministre du commerce extérieur concède que «ces chiffres témoignent du problème de compétitivité de nos entreprises» sans pour autant s’attaquer aux causes réelles du “problème“ en question confiées dilatoirement pour la circonstance à des commissions ad hoc et des comités de spécialistes. Pourtant il y a le feu au “made in France“ : notre pays devient même déficitaire avec les malades de l’Europe, tels l’Italie et l’Espagne !

Mais chut ! Les impôts d’abord, les vacances ensuite, les experts encore plus tard et après on verra. En attendant les plans sociaux se préparent et les milliards défilent.

Alain Veyret

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